La Russie et la Chine ont opposé leur veto samedi au Conseil de sécurité de l’ONU à un projet de résolution condamnant la répression sanglante en Syrie. Plusieurs membres ont ouvertement critiqué cette décision.

Au terme d’une journée de discussions tendues, la Russie et la Chine ont finalement opposé samedi leur veto lors d’un vote au Conseil de sécurité de l’ONU sur un projet de résolution soutenant le plan de la Ligue arabe qui prévoit la mise à l’écart du président syrien Bachar al Assad.

Les 13 autres pays du Conseil ont voté en faveur du texte.

Malgré dix
mois de violences qui ont fait au moins 6000 morts selon les
militants, le Conseil a été incapable jusqu’ici d’adopter une résolution
sur la Syrie. Un précédent texte avait déjà été bloqué en octobre
dernier par un double veto russe et chinois.

Ce projet de résolution, présenté par les Occidentaux et les pays arabes, exprimait le « soutien » du Conseil au plan de la Ligue arabe pour parvenir à une transition démocratique en Syrie et dénonçait les « violations continues » des droits de l’homme commises par le régime syrien.

Le rôle de l’ONU amoindri

Le double veto russe et chinois à une résolution du Conseil de sécurité sur la Syrie « amoindrit le rôle de l’ONU« , a estimé samedi le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon.

« C’est une grande déception pour le peuple de Syrie et pour tous les défenseurs de la démocratie et des droits de l’homme« , a ajouté Ban Ki-moon, cité par son porte-parole. Ce blocage, a déclaré le secrétaire général, « amoindrit
le rôle des Nations unies et de la communauté internationale à un
moment où il faudrait que les autorités syriennes entendent une seule et
même voix appelant à mettre fin immédiatement à la violence contre le
peuple syrien
« .

« En dépit du vote d’aujourd’hui, la
communauté internationale et le peuple syrien doivent redoubler
d’efforts pour trouver une transition politique vers la démocratie qui
soit conduite par les Syriens eux-mêmes
« , a-t-il encore déclaré, soulignant que les Nations unies « sont disposées à travailler en étroite coopération avec la Ligue arabe et d’autres » pour y parvenir.

« Un triste jour pour le Conseil« 

L’ambassadeur français Gérard Araud a dénoncé devant le Conseil ce « double veto« , parlant de « triste jour pour ce Conseil, pour les Syriens et pour les amis de la démocratie« . Rappelant les « massacres » de Hama en 1982, sous la présidence de Hafez el-Assad, et ceux de Homs la nuit dernière, il a ajouté: « l’horreur est héréditaire à Damas« . 

Le ministre italien des Affaires étrangères a déploré le double veto, déclarant que la population ne pouvait plus attendre une réaction de la communauté internationale. « La population syrienne ne peut pas attendre. La communauté internationale doit trouver un moyen de répondre à la très sérieuse crise humanitaire et politique actuelle« , a déclaré le ministre, Giulio Terzi, dans un communiqué.

La secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, a mis en garde samedi contre les risques de guerre civile. Il est temps pour le Conseil de Sécurité d’ »agir avec force » vis à vis de la Syrie, a-t-elle affirmé, après avoir reconnu qu’il n’avait pas été possible de résoudre les différends avec la Chine et la Russie. « Que nous faut-il de plus pour agir avec force au Conseil de Sécurité ? », s’est-elle interrogée. « Nous devons agir maintenant« , car chaque jour qui passe accroît le risque de guerre civile, a-t-elle ajouté.

Hillary Clinton a estimé que la décision de bloquer la résolution du Conseil de Sécurité revenait « à endosser la responsabilité des horreurs qui se produisent en Syrie« . « Sans une action commune, avec la communauté internationale, je crains que la fin de partie ne soit la guerre civile« , a-t-elle affirmé.

Grosse colère britannique

Le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague a
accusé la Russie et la Chine d’avoir « abandonné » le peuple syrien en
opposant samedi leur veto au Conseil de sécurité de l’ONU à un projet de
résolution condamnant la répression sanglante en Syrie.

« Par leur démarche, ils abandonnent le peuple syrien et ne font
qu’encourager le régime brutal du président (Bachar) al-Assad à
commettre davantage de tueries, comme cela a été fait à Homs ces
dernières 24 heures
« , a déclaré le ministre dans un communiqué.

« La Russie et la Chine avaient un choix simple aujourd’hui:
celui de soutenir ou non le peuple syrien et la Ligue arabe. Ils ont
décidé de ne pas le faire, et à la place de se mettre du côté du régime
syrien et de sa répression brutale
« , a-t-il déploré. « Le
projet de résolution, présenté par le Maroc, soutenait les efforts de
la Ligue arabe pour résoudre la crise en Syrie et appelait à une fin
immédiate de toutes les violences (…) Il n’imposait pas de sanctions,
pas plus qu’il n’autorisait une action militaire
« , a poursuivi le ministre, estimant qu’il n’y avait « rien dans le projet pour justifier » un veto.

« Plus
de 2000 personnes sont mortes depuis que la Russie et la Chine ont
opposé leur veto au dernier projet de résolution en octobre 2011. Plus
de 6000 personnes sont mortes depuis le début de la contestation (en
mars 2011). Davantage encore ont été torturées et détenues
« , a-t-il ajouté. « Combien
encore faut-il de morts avant que la Russie et la Chine autorisent le
Conseil de sécurité de l’ONU à agir? Ceux qui s’opposent à une action du
Conseil de sécurité devront rendre des comptes à la population syrienne
« , a affirmé William Hague.

L’Union européenne réclame le départ de Bachar al-Assad

L’UE, par la voix de la chef de sa diplomatie et celle du
président de son parlement, a regretté le veto russe et chinois et
réclamé la fin du régime de Bachar al-Assad. « Nous regrettons
profondément qu’en raison du veto réitéré de la Russie et de la Chine,
le Conseil de sécurité ait été incapable de soutenir l’appel de la Ligue
arabe en faveur d’un processus politique global, dirigé par les Syriens
et mené dans un environnement sans violence
« , a déclaré dans un communiqué la haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton.

« L’Union européenne continue à soutenir tous les efforts des
Etats de la Ligue arabe et appelle tous les membres du Conseil de
sécurité à assumer leurs responsabilités
« , a ajouté Mme Ashton. « Le
temps est venu de parler d’une seule voix, de réclamer la fin du bain
de sang et de se prononcer en faveur d’un futur démocratique pour la
Syrie
« , a encore estimé la chef de la diplomatie européenne. « Nous
condamnons le bain de sang et nous nous tenons au côté du peuple syrien
contre le régime d’oppression. Nous appelons le président (Bachar)
al-Assad à mettre fin immédiatement aux massacres de civils, à retirer
l’armée syrienne des villes assiégées et à faire un pas de côté pour
permettre une transition pacifique pour le bien de son pays
« , poursuit le communiqué.

Le président du Parlement européen, Martin Schulz, a lui aussi appelé la communauté internationale à « s’unir« , « y compris la Russie et la Chine« . Moscou et Pékin « doivent
prendre au sérieux leurs responsabilités internationales et je regrette
le veto de la résolution de l’ONU condamnant la violence et le régime
syrien
« , a déclaré dans un communiqué distinct M. Schulz.

« Au
nom du Parlement européen, je condamne les terribles atrocités commises
au nom du régime syrien contre des civils à Homs. Mes pensées vont aux
familles et aux amis des victimes. Un massacre de civils innocents a eu
lieu
« , a-t-il dénoncé, appelant lui aussi Bachar al-Assad à « retirer ses forces immédiatement » et estimant que son régime « n’a plus de légitimité« .

RTBF avec agences

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