Le spécialiste du Moyen-Orient Alain Gresh estime qu’une intervention étrangère en Syrie n’est pas la route à suivre : il vaut mieux privilégier les pressions économiques et politiques sur le régime de Bachar el-Assad, explique-t-il à la RTBF.

Pour Alain Gresh, directeur adjoint du Monde Diplomatique, l’opposition
syrienne n’a pas encore renversé le pouvoir de Bachar el-Assad « parce qu’elle n’a pas été capable de
rassembler l’ensemble des Syriens contre le régime. Ce dernier n’a pas
seulement joué la carte militaire, mais aussi celle des questions confessionnelles,
l’appui qu’il peut trouver chez un certain nombre de communautés (que ce soient
les alaouites ou les chrétiens)
« . C’est pour cela que la révolte dure
depuis un an : on est vraiment dans une impasse dont on ignore comment
sortir, explique-t-il au micro d’Olivier Nederlandt.

Le scénario d’une intervention militaire occidentale comme cela
s’est passé en Libye pourrait être pire que la situation actuelle de
catastrophe humanitaire, met en garde Alain Gresh : « On est dans un
pays avec des tensions ethniques très fortes, qui peuvent déborder sur le Liban
ou sur l’Irak demain. Il ne faut pas créer l’illusion que cela va aider si l’on
aménage des couloirs humanitaires. Cela veut dire une guerre avec des morts,
avec sans doute aussi une guerre civile en Syrie
« .

« Ce qui inquiète tout le monde c’est le chaos »

Alain Gresh rappelle que des centaines de combattants d’al-Qaïda
sont arrivés d’Irak pour aller se battre en Syrie : « C’est un
élément important, on ne sait pas très bien vers quoi on va, d’autant qu’on est
à côté d’un Irak déjà en guerre. Par ailleurs, les frontières entre le Liban et
la Syrie sont ouvertes, il y a des dizaines de combattants et d’armes qui
passent par là. Mais ce qui inquiète tout le monde c’est le chaos, et c’est le
dernier atout de ce régime. Ce qui fait qu’il dispose d’une certaine neutralité
des chrétiens ou des Kurdes, c’est le fait que les gens se demandent : si
le régime tombe, qu’est-ce qu’on aura après ?’
« .

Alors que les Amis de la Syrie se réunissent à Tunis, Alain
Gresh estime que « la seule route qui est bonne, ce sont les pressions
politiques et économiques sur Bachar el-Assad. La question qu’il faut se poser, c’est de savoir si
on peut arriver à une solution sans négociation, même avec un régime syrien qui
ment et qui assassine. Souvent la solution militaire, qui apparaît la plus
simple, tend à rendre les choses encore plus compliquées
« .

A.L. avec O. Nederlandt

 

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