Soutenir Bayrou en ligne, un jeu pour militants
Accrochez vous. Le site de campagne de François Bayrou? Tout droit inspiré…de la Une de Libération. Le stylo nous en tombe. C’est son directeur de la communication qui le dit, tout sourire, à la présentation de la campagne numérique du candidat ce mardi après midi à Paris devant journalistes et blogueurs. «Tous les jours, c’est comme une Une de Libération, qui change tous les matins avec une grande photo et un message.» Ah bon? On y regarde de plus près, sur bayrou.fr: ce jour-là, une photo couleur en gros plan, une citation entre guillemets: «une année au pied des fours et une année dans un bureau ce n’est pas la même chose» . C’était lors d’un déplacement dans le Tarn. Ca ne ressemble pas vraiment à ce qu’on fait à Libé. Peu importe. «C’est un hommage» , sourira, après la conférence de presse, Ammin Youssouf, dont la société, Bigyouth, a réalisé l’ergonomie du site.
Déjà, cette conférence de presse avait démarré en fanfare. Debout devant un écran, Yann Wehrling en col roulé noir, promet de ne pas faire du Steve Jobs. De toute façon on n’y aurait pas cru. Il lit ses notes. L’écolo devenu porte-parole de Bayrou l’avoue lui même: il se sent plus «protecteur de la nature» que «geek» . Cela lui permet de lancer le concept «d’écosystème digital de campagne». Décidément, on n’est pas venu pour rien.
Selon l’équipe de Bayrou, le Web, est un élement «naturel» pour le candidat qui tweete lui même, répond lui même à ses mails, et est présent sur Facebook depuis 2008. Surtout, l’univers numérique colle «au discours de vérité» qu’il souhaite avoir. C’est aussi «une alternative aux médias traditonnels, et aux discours bi partites», apprécie Jean-François Martins, directeur de communication.
La «gamisation» de la campagne
Les outils numériques correspondent à l’image que le candidat veut donner: chez Bayrou on est «au-dessus de la mêlée». Il n’y a pas de cellule riposte, comme chez les autres, pas de tweet-clash, pas de guéguerres, pas de clips dénigrants… «Tout cela ne fait pas avancer le débat. On s’en exclut volontairement.» Ici, on est pour «dire la vérité, associer les citoyens, élever le niveau du débat.»
Les outils traditionnels du Web sont évidemment utilisés, les réseaux sociaux classiques (Facebook, twitter, ou Google +) mais aussi Tumblr qui agrège les contenus «pas seulement officiels» , comme cette fausse couverture de Têtu avec Bayrou. Ou Flickr: on y montre le « on » de la campagne mais aussi le « off » (savamment mis en scène). Bayrou, «quand les caméras sont éteintes», Bayrou au QG, devant un ordinateur, vérifiant un titre d’affiche, Bayrou en chemise avant un meeting. Ca, c’est pour «la transparence» . Les internautes aiment bien «voir derrière le rideau» , glisse Jean-François Martins.
Les communiquants présentent une vision «globale», on l’a compris; «pas une somme de gadgets.» Allez, dites, il y en a quand même quelques uns? Il faut bien s’amuser, non? Matthieu Lamarre, responsable de la stratégie Web l’a dit lui même : la campagne doit être «joyeuse», «enthousiasmante» , «ludique» avec des outils «faciles à manipuler» .
Alors, tout est fait pour encourager l’engagement et la participation des citoyens. «Les gens n’ont pas forcément envie de prendre la carte d’un parti, d’aller directement à une réunion de section. Mais mettre un tract dans la boite aux lettres du voisin, publier un contenu sur les réseaux sociaux.. on facilite un engagement progressif»
Pour «agir au quotidien avec François Bayrou» , un clic suffit. Ou presque. Assumant une «gamisation» (du jeu, en anglais), l’équipe du Modem s’est directement inspirée du jeu de géolocalisation Foursquare. Chaque jour, une ou plusieurs tâches sont assignées à l’internaute. On gagne des points (ici des décibels) quand on les a executées. Par exemple: «imprimez et diffusez autour de vous les 30 propositions de François Bayrou sur l’éducation.» Hop, 12 decibels. «Regardez François Bayrou ce mardi à la télé sur TF1». 8 décibels. Le but est d’accumuler le plus de décibels possibles pour «faire le maximum de bruit pour François Bayrou.»
En accumulant les points, on gagne des badges, qui récompensent des niveaux d’implication (bronze, argent, or): «j’ai les mains dans le cambouis», «je donne sans compter» , «je recrute» ou encore,«un peu plus, je serais DRH…»
Le budget de la campagne numérique ne dépassera pas 700 000 euros, c’est promis, pour un budget total de campagne autour des 8 millions. Dernier détail, les technologies utilisées sont 100% Made in France.
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