La guéguerre des Malouines
Les Malouines (Falklands pour les Britanniques, Malvinas en espagnol) : deux cents îlots battus par les vents, 2 990 habitants pour 500 000 moutons, des manchots en danger, et un conflit sans fin. En 1982, l’invasion de l’île par les soldats argentins s’était soldée par mille morts et la défaite de l’Argentine.
Trente ans après, la vieille querelle sur la souveraineté de l’archipel ressurgit. Sur le terrain strictement diplomatique du moins, une bataille navale n’étant pas au programme.
A chaque date anniversaire du conflit, Argentins et Britanniques s’écharpent. Les premiers continuent à revendiquer sans relâche ces îlots passés sous le contrôle britannique en 1833. Les seconds s’affichent sûrs de leur mainmise et renvoient à l’autodermination des insulaires, très majoritairement d’origine britannique.
Mardi, la présidente argentine, Cristina Kirchner, est repartie à l’assaut, annonçant une plainte formelle d’ici un mois devant le Conseil de sécurité et l’Assemblée générale de l’ONU pour dénoncer ce qu’elle estime être une nouvelle «militarisation» britannique en cours autour des Malouines. Ce n’est pas une première. Depuis 1965, l’ONU appelle d’ailleurs régulièrement, de résolution en résolution, à des négociations bilatérales pour régler l’affaire.
Ce qui est loin d’être gagné. Mardi, la fin de non-recevoir du Royaume-Uni a été immédiate : «Les gens des Falklands sont britanniques par choix. Ils sont libres de déterminer leur propre avenir et il n’y aura pas de négociations avec l’Argentine sur la souveraineté, à moins que la population des îles ne le souhaite», a recadré le Foreign office.
Prince William
Pourquoi ce regain de crispation ? A l’approche du trentième anniversaire de cette guerre de soixante-douze jours, Buenos Aires vit comme une provocation l’arrivée, le 2 février à Port Stanley, la capitale, du prince William. Pilote d’hélicoptère, l’héritier est dépêché en mission pour six semaines avec une équipe de surveillance et de sauvetage de la Royal Air Force dans le cadre de son «job civil». Les Britanniques ont aussi décidé d’envoyer prochainement un nouveau navire de guerre, un destroyer ultramoderne chargé d’assurer la relève d’un autre bâtiment. La presse britannique mentionne aussi l’arrivée d’un sous-marin nucléaire, ce que Londres n’a pas confirmé.
Pour Cristina Kirchner, autant déterrer la hache de guerre : «Ils sont en train de militariser l’Atlantique Sud une nouvelle fois : nous ne pouvons pas interpréter autrement l’envoi d’un destroyer ultramoderne accompagnant l’héritier du trône, que nous aurions préféré d’ailleurs voir en tenue civile», a déclaré la présidente ce mardi à Buenos Aires, une carte des îles frappées du drapeau argentin derrière elle.
Cristina Kirchner, ce mardi. (Photo Enrique Marcarian. Reuters)
«Il faut comprendre que, pour les Argentins, les Malouines sont une cause d’unité nationale forte, objet d’un consensus d’un bout à l’autre de l’échiquier politique. Des générations d’Argentins ont appris à l’école que les Malouines étaient argentines», souligne Diana Quattrocchi-Woisson, historienne au CNRS, présidente de l’Observatoire de l’Argentine contemporaine. «Après toute l’énergie déjà dépensée, l’Argentine ne cèdera pas. Ce sera une guerre diplomatique d’usure.»
D’autant que l’enjeu est aussi économique : le sous-sol des Malouines abrite des réserves de pétrole estimées jusqu’à 60 milliards de barils. Et l’Argentine voit d’un très mauvais œil les forages initiés par le Royaume-Uni depuis février 2010 au large de l’archipel.
Au-delà de la bataille des mots, l’Argentine a marqué quelques points en obtenant en décembre le soutien des pays voisins (Brésil, Uruguay et Chili) pour fermer leurs ports à tous les navires présentant le drapeau des Malouines. «A une époque où l’Amérique latine cherche à se reconstituer, la question des Malouines, perçue comme un enclave coloniale, cristallise les revendications nationalistes», poursuit Diana Quattrocchi-Woisson.
L’offensive, même symbolique, a passablement agacé Londres. «Les récents propos des Argentins ressemblent à du colonialisme, puisque les habitants des Malouines veulent rester britanniques et que les Argentins veulent qu’ils deviennent autre chose», s’est irrité David Cameron, le Premier ministre britannique.
Quant aux Etats-Unis, longtemps soutien du Royaume-Uni sur le dossier, ils ont évolué vers la neutralité. En 2010, la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, s’était posée en médiatrice, appelant aux négociations entre la Grande-Bretagne et l’Argentine.
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