Intouchables, ce n’est pas que du cinma. Aprs avoir fait rver plus de 19 millions de spectateurs, la comdie phnomne, qui concourt ce soir aux Csars, s’apprte changer la vie de personnes handicapes au quotidien. L’association Simon de Cyrne, qui touche 5 % des bnfices raliss par les producteurs du film, vient d’obtenir un feu vert administratif pour lancer deux projets de communauts de logements, peupls pour moiti de personnes handicaps et pour l’autre moiti de personnes valides, assistants salaris et volontaires effectuant leur service civique. Une alchimie conforme l’esprit du film, fonde sur la relation, l’amiti et le partage des bons comme des mauvais moments.

Le pactole rcolt par Simon de Cyrne grce au film – qui s’lve pour l’instant 800.000 euros – va donc tre utilis pour amorcer le financement de deux projets. Rungis, dans le Val-de-Marne, une ferme briarde sera amnage et entoure de trois maisons Intouchables. Angers, deux habitations partages sont galement prvues pour fin 2013. Ces programmes ambitieux requirent des fonds plus consquents et l’association compte galement sur le mcnat et l’aide du public.

Un petit miracle dans un ancien monastre

Des appels au don seront d’ailleurs insrs dans le DVD d’Intouchables, dont la sortie est prvue fin mars. Cette belle histoire n’aura pas t possible sans la gnrosit de Philippe Pozzo di Borgo, l’aristocrate ttraplgique dont l’histoire a inspir le film et qui a demand ce qu’un pourcentage des recettes soit revers l’association dont il est le prsident d’honneur. Sa complicit avec Abdel Sellou, son diable gardien, peut-elle tre dcline, vcue par d’autres? Oui car nous sommes tous dpendants, invalides ou non, couchs ou debout. Le film le dit bien: personne ne peut s’en sortir seul, rpond Pozzo di Borgo.

Omar Sy et Franois Cluzet dans Intouchables.
Omar Sy et Franois Cluzet dans Intouchables. Crdits photo : T.VALLETOUX/Quad/2011 Gaumont

Le plus incroyable dans l’aventure d’Intouchables, ce n’est pas le succs phnomnal du film mais sa justesse. Il raconte le cœur de notre projet sans le dnaturer, sans faire pleurer dans les chaumires. C’est le rve de toute association, se rjouit Laurent de Cherisey, directeur de Simon de Cyrne. Ce pari sur le partage et l’altrit fonctionne dj Vanves o l’association a ouvert quatre units ces deux dernires annes. Un petit miracle qui a pour cadre un ancien monastre 1930, rachet en partie la congrgation de Sainte-Bathilde. Cet automne, les bruissements des robes des bndictines ont laiss place aux ronronnements des fauteuils lectriques, aux rires et aux coups de gueule des rsidents et des assistants.

Il ne faut pas faire d’anglisme, prvient Laurent de Cherisey. La communaut ne gomme pas les asprits, la difficult du handicap et les histoires douloureuses. Les rsidents n’ont jamais les mmes parcours ni les mmes envies. eux d’apprendre s’entendre dans cette grande colocation, entours par des assistants et sous la houlette d’un responsable. Problmes et joies sont voqus tous les mardis, o une soire runit les habitants de chaque unit. C’est notre smic relationnel, s’amuse Laurent de Cherisey.

Un biotope amical

Entre deux envoles d’une chanson d’Abba, comme un clin d’œil au film, des pionniers du projet, Charles et Vivien (*), se rjouissent de faire la fte, de voir des amis tout en ronchonnant contre les invitables disputes autour de la tlcommande. Emma, victime d’un accident de moto, s’exprime par interjections. Heureuse, lance-t-elle. Installe dans un appartement silencieux de 80 mtres carrs avant d’arriver Vanves, elle avait confi des visiteurs de l’association: C’est beau. C’est grand… Moi seule, en clatant en sanglots.

Directeur d’une filiale d’un groupe industriel, Thomas a t abandonn par sa femme et ses amis la suite d’un AVC. Aujourd’hui, il se recre un biotope amical et tente de retrouver un sens sa vie comme essayent de le faire les quelque 10.000 personnes dont la vie bascule chaque anne dans le handicap aprs un accident.

Ici, nous construisons quelque chose qui va au-del du droit du travail, rsume Maxime, responsable de la communaut de Vanves. L’amiti ne vient pas en claquant des doigts. Nous ne la produisons pas, nous la favorisons.

(*) Les prnoms ont t changs

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